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Catherine Nehlig (1842-1931)

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Catherine ... Catharina ... Je pensais te connaître vraiment. Je pensais tout connaître de ta vie.

Nous faisons la route ensemble depuis plus de trente ans. Tu es une des premières que j'ai retrouvées. Une de mes premières ascendantes un peu lointaines.

Je t'ai vu naître, ce 19 mai 1842 dans ton village de Dehlingen, en Alsace Bossue. Première enfant de Jean Nicolas et Catherine, mariés trois ans auparavant. L'aînée des six enfants que j'ai retrouvés. Jean Nicolas, tour à tour journalier, maçon. Catherine, dont le métier n'est jamais cité, mais qui comme toutes les femmes travaillait dur.

Je les ai entendu parler de départ, soupeser le pour et le contre. Rêver aussi d'une vie moins pénible. Quitter l'Alsace, peut-être... peut-être... partir pour l'Amérique. Vous étiez si nombreux à le faire.

Je vous ai suivis au cours de ce voyage. Toi, tes trois jeunes frères et sœurs, tes parents, en charrette ou  en train, pour arriver au Havre. Vous êtes partis entre 1850 - Henri est né à Dehlingen en 1850 - et 1854 - Charles est né au Havre en 1854. Arrivés au Havre, vous avez retrouvé une forte communauté alsacienne.

Certains partaient pour l'Amérique. Vous êtes restés au Havre. Vous n'avez pas pris le bateau. La légende familiale dit que c'est parce que Catherine, ta mère, était trop effrayée par l'océan et avait peur de prendre le bateau.

Jean Nicolas, ton père, a trouvé du travail dans une raffinerie de sucre, comme beaucoup d'autres Alsaciens. Alors les rêves d'Amériques se sont évaporés. Charles, le premier enfant né au Havre, n'a vécu qu'un an. Louise est ensuite arrivée très vite. Jean Nicolas approchait de ses cinquante ans, il y avait maintenant cinq enfants. Le travail à la raffinerie était pénible, mais c'était un salaire assuré, la fin de la quête permanente d'un travail. Alors vous êtes restés.

Ce qui n'a pas été pour te déplaire. Car tu as rencontré Jean François. Jean François Scheurwegh, qui arrivait de Belgique, qui lui aussi travaillait à la raffinerie de sucre. Pourquoi est-il arrivé au Havre ? Je lui ai posé la question, mais je n'ai pas obtenu de réponse. Je ne pense pas qu'il soit arrivé au Havre pour partir en Amérique. Il lui aurait été plus simple de rallier le nouveau continent à partir d'Anvers, sa ville natale. Peut-être pour travailler à la raffinerie de sucre, qui venait d'être rachetée par une société belge.

Et le 6 septembre 1863 naît Louise, votre première fille. Tu as 21 ans, Jean François a 32 ans. Tu es radieuse, fatiguée, mais heureuse.

Mais... vous n'êtes pas mariés ! Je ne suis pas à cheval sur les principes, non, mais on est en 1863. Alors... Je l'ai cherché ce mariage ! Mais non, vous ne vous êtes jamais mariés. Vous avez eu six enfants entre 1863 et 1876. Jean François déclare chacun d'eux et les reconnaît tous. Ils portent tous le nom de Scheurwegh. Mais pas de mariage !

Il n'y a pas eu de rupture avec ta famille. Pas de "fâcherie". Vous quittez le Havre vers 1864 pour arriver en région parisienne, d'abord à Paris, puis à Saint-Ouen. Et une partie de ta famille suit. Ta mère, tes sœurs vous rejoindront. Là encore, le départ ne s'est pas décidé sur un coup de tête. Jean François a un emploi qui l'attend dans une raffinerie de sucre en région parisienne.

Vous suivez ce qui se passe en Alsace, et chacun à votre tour, vous accomplissez les formalités, au Havre ou à Paris, pour conserver votre nationalité française. Triste période. Des oncles, des tantes, des cousins sont restés "là-bas".

Marie-Thérèse, ta dernière fille, naît à Saint-Ouen en 1876. Sais-tu qu'elle deviendra ma grand-mère paternelle ?

Jean François a son travail régulier, tu es couturière, les enfants grandissent.

Et le 11 novembre 1877, c'est un coup de tonnerre. Jean François meurt. Il a 46 ans. Tu es effondrée. Je suis si triste pour toi... Mais tu es entourée par tes enfants. Son acte de décès me confirme qu'il est bien célibataire. 

La vie reprend son cours. Tu deviens marchande et en avril 1889, 12 ans après le décès de Jean François, tu épouses Georges Walter. Vous avez le même âge : 47 ans. Il est alsacien, comme toi, et lui aussi travaille dans une raffinerie de sucre. Il décède en 1904. Commence alors une série de deuils. La maladie, les accidents vont te prendre Caroline, François, Albert, tes enfants, Louise, ta sœur. Mais tu vas connaître chacun de tes huit petits-enfants. Et je te vois t'éteindre, le 10 janvier 1931, à l'âge de 88 ans. Notre séparation n'est pas définitive. Je sais que je peux te rencontrer à nouveau, il me suffit de penser à toi.

Voilà, tout est dit. Enfin... Je pensais que tout était dit.

J'ai deux photos de toi. Celle-ci, où tu m'apparais si fière, si droite. Tu m'impressionnes un peu.

Il faut que je te parle de Georges. Je crains que ce soit un sujet douloureux.

Un jour, par hasard, j'ai trouvé la naissance de Georges Nehlig. Il est né le 17 juillet 1885 à la maternité de Port-Royal, à Paris. Il n'y a pas de doute, c'est bien ton fils, né de père inconnu. Sa mère, Catherine Nehlig habite à Saint-Ouen, 9 passage Pierre. La même adresse que celle où je te retrouve sur le recensement de 1891, celle où tu habites avec Georges Walter devenu ton époux et quatre de tes enfants.

Tu avais 43 ans, tu étais seule depuis 8 ans, rien de choquant. Ce qui m'a troublée, c'est que personne parmi tes petits-enfants, personne ne m'en a parlé. On m'avait parlé d'Albert décédé en 1905 à l'âge de 32 ans. De tes filles Louise, Lucie et Caroline, et bien entendu de Marie-Thérèse. Mais pas de Georges. J'ai pensé qu'il n'avait pas vécu longtemps. 

Et j'ai trouvé sa fiche militaire. Il a vécu, est arrivé à l'âge adulte. Les fiches militaires... Un trésor d'informations. On y trouve des indications physiques, parfois quelques condamnations qui font sourire - "condamné pour chasse par temps de neige" -, parfois des phrases qui créent un choc. C'est le cas pour Georges. Il est appelé au service militaire en 1905. Sur sa fiche, il est écrit : "Elève des Hospices de la Seine". Et cela ne trompe pas : Georges est un enfant assisté, un enfant "placé". Je ne réagis pas tout de suite.

Il faut que j'apprivoise cette idée. Je fais ce que je sais faire : je cherche. Et je trouve : Georges, né en juillet 1885, a été confié à "l'Assistance publique" en juillet 1885. Un dossier à son nom existe dans les Archives de Paris : "Enfants en dépôt, Paris, juillet 1885, dossier 3728".

Il faut que j'apprivoise cette idée. Catherine, tu as élevé 6 enfants, tu as été présente pour eux, pour tes petits-enfants. Mais tu as abandonné Georges. Enfant d'une rencontre passagère, ou d'une histoire plus terrible ? Je ne peux pas savoir, et je ne veux pas savoir. Je regarde ta photo différemment. Ce que je prends pour de la rigueur, est-ce de la tristesse ?

Je comprends pourquoi personne n'a jamais évoqué Georges. En 1896, il a 11 ans, et je le retrouve placé dans une famille en Haute-Saône. Il effectue son service militaire en 1905-1906. Il ne sait ni lire, ni écrire : il n'est sans doute jamais allé à l'école. Il se marie en 1910 avec Gabrielle Cauchard, elle aussi "Elève des Hospices de la Seine". Ils ont deux fils : Gaston qui naît en août 1911, et Jean-Marie qui nait en mars 1914. Les as-tu connus ?

Et la "Grande guerre" frappe. Il est "rappelé" le 4 août 1914, et tombe le 20 août 1914. Mort pour la France. Un des premiers.

"Brave soldat très dévoué. Mort glorieusement pour la France devant Steige le 20 août 1914".
Croix de guerre avec étoile de bronze

Steige, en Alsace, dans le Bas-Rhin, à une centaine de kilomètres de Dehlingen, ton village natal.

 

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